Hydrocarbures en RDC : le mirage des milliards et le spectre de l'endettement dénoncés par le CNPAV
En juillet 2022, le Gouvernement de la République démocratique du Congo lançait un appel d'offres portant sur 27 blocs pétroliers et 3 blocs gaziers, avec la promesse de générer plus de 2 000 milliards de dollars de recettes.
Trois ans plus tard, la coalition Le Congo N'est Pas À Vendre (CNPAV) publie une analyse qui remet profondément en question ces annonces. Selon le rapport, loin de garantir une prospérité économique, ce processus pourrait exposer le pays à de nouveaux risques financiers, juridiques et environnementaux.
Un processus entaché d'irrégularités
Le rapport met en évidence plusieurs anomalies majeures.
D'abord, le nombre de blocs soumis à l'appel d'offres ne correspond pas aux décisions officiellement approuvées par le Conseil des ministres. Alors que seuls 16 blocs pétroliers avaient été validés, 27 blocs pétroliers et 3 blocs gaziers ont finalement été mis aux enchères, sans qu'aucun document public ne justifie cette extension.
Le CNPAV relève également que certains blocs se trouvent dans des zones particulièrement sensibles, notamment à proximité du Parc national des Virunga ou au sein de la Cuvette Centrale, l'un des plus importants puits de carbone de la planète.
Le rapport dénonce enfin des attributions réalisées au profit d'entreprises ne disposant d'aucune expérience démontrée dans le secteur des hydrocarbures. Il cite notamment les cas de Winds Exploration et d'Alfajiri Energy, cette dernière ayant, selon plusieurs enquêtes médiatiques, bénéficié d'une évaluation technique controversée.
Des promesses économiques difficilement crédibles
Le gouvernement affirme que les blocs concernés renfermeraient près de 22 milliards de barils de pétrole.
Le CNPAV souligne toutefois qu'aucune étude géologique indépendante ne permet aujourd'hui de confirmer l'existence de réserves commercialement exploitables à cette échelle. À titre de comparaison, le CIA World Factbook estime les réserves prouvées de la RDC à environ 180 millions de barils, un écart considérable avec les chiffres avancés officiellement.
Cette incertitude semble avoir refroidi de nombreux investisseurs. Les échéances de dépôt des offres ont été reportées à plusieurs reprises faute de candidats, tandis que certaines entreprises déjà présentes en RDC, comme Perenco, ont choisi de ne pas participer.
Un risque réel d'alourdir la dette publique
Pour le CNPAV, le principal danger réside dans le coût potentiel de ces attributions.
Le rapport rappelle que la RDC supporte déjà un passif estimé à près de 910 millions de dollars américains, conséquence de décisions antérieures dans le secteur pétrolier.
Parmi les principaux dossiers figurent :
- une condamnation arbitrale de 619,3 millions USD en faveur de DIG Oil ;
- un accord prévoyant le paiement de 240 millions USD à Ventora, société affiliée à Dan Gertler, afin de régler un différend portant sur des investissements contestés.
Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique, le CNPAV estime également que ces blocs pourraient rapidement devenir des actifs échoués, générant davantage de risques financiers que de bénéfices pour l'État.
Les recommandations du CNPAV
Face à ces constats, le CNPAV appelle le Gouvernement à :
- retirer de la procédure les blocs n'ayant pas été régulièrement approuvés ;
- clarifier la situation juridique des blocs concernés et exclure ceux présentant des risques environnementaux majeurs ;
- appliquer strictement les critères légaux de sélection des entreprises ;
- publier l'ensemble des documents, contrats et procès-verbaux afin de garantir une transparence complète du processus.
Le développement économique de la RDC ne peut reposer sur des projections non démontrées, des procédures opaques ou des engagements susceptibles d'alourdir durablement les finances publiques.
Le rapport complet du CNPAV est disponible